dimanche 4 août 2013

Espace temps

J'étais avec un copain hier soir et à un certain moment j'ai mentionné un documentaire. J'allais y aller d'une analyse personnelle lorsqu'il a commencé à monologuer, emporté par le sujet. Il a pris conscience de mon regard un peu frustré.

- Oh, désolé, je t'ai coupé la parole?
- Non, non. Mais je réalise que moi aussi j'ai beaucoup de choses à dire sur plein de sujets, mais que j'ai rarement l'occasion de le faire en ta présence, parce que tu le fais avant moi

Cela est vrai pour la plupart des interactions femme-homme. Les hommes apprennent à prendre la place et sont sous l'impression qu'elle leur appartient et que si les autres en veulent, ils-elles n'ont qu'à la prendre. De leur côté les femmes apprenent plutôt à faire de la place aux autres et à évaluer leur besoins d'espace comme moins important. Résultat: nous avons moins d'espace de parole dans les groupes mixtes et nos opinions sont moins prises au sérieux.

Cette réalité nous renvoie le message que les besoins, paroles, opinions des femmes sont, en effet, moins importants.

J'ai déjà fais une entrée à ce sujet. Évidemment, je vais me répéter dans la prochaine année, puisque ma réalité est la même de jour en jour. La répétition est une des composantes importante du système sexiste.

Pôv' 'tite Mme

À mon retour de jogging récemment, un homme a remarqué le brassard que je portais au genou et y est allé du commentaire suivant:

Hon, pôv' 'ti genou!

Commentaire extrêment infantilisant malgré sa nature empathique.

Si je prends le même contexte mais que je me remplace par un homme, le ton et le commentaire apparaîssent tout d'un coup particuliers, bizarres voire déplacés. Cela démontre bien le double standard dans le discours selon que l'on s'adresse à une femme ou un homme. Les femmes sont souvent infantilisées ainsi et nous vivons dans une culture qui valorise l'infantilisation des femmes. 

Par exemple, on utilise des termes d'âge immatures (fille, jeune femme, gars, jeune homme) beaucoup plus tard chez les femme que chez les hommes. On utilise le terme petit pour désigner les choses chez les femmes et non chez les hommes. En effet, il semble assez commun de dire elle est belle ta petite robe, alors qu'on n'imaginerait jamais dire elle est belle ta petite cravate. De plus, on associe beaucoup les intérêts typiquement féminins aux intérêts infantiles: petits gâteaux, magasinage, maquillage, couleurs pâles, films d'amour et j'en passe.

Cette infantilisation des femmes contribue au maintient d'attitudes paternalistes qui briment l'autonomie des femmes et à une vision moins sérieuse et crédible des femmes, de leurs compétences et de leurs contributions possibles à notre société.





vendredi 2 août 2013

Femme au volant

Sur mon Facebook aujourd'hui:

Un collègue a publié une photo qu'il considérait humoristique. On y voit deux enfants dans une petite voiture jouet. Une fillette conduit, sourire aux lèvres, et un garçon est passager, l'air incertain. La phrase sous l'image: ''le regard de tous les hommes lorsque leur femme conduit la voiture''. Je passe outre le fait que statistiquement les femmes sont plus sécuritaires au volant et sont responsables de moins d'accidents.

Ce stéréotype négatif des femmes est très répandu. Moi même lorsque j'ai passé mon examen de conduite j'ai ressenti la pression d'être femme en me disant que si j'échouais, j'allais alimenter ce stéréotype. J'ai connu plusieurs femmes ayant la même crainte. C'est un stéréotype nuisible. 

De plus, la croyance en les compétances influence les résultats. Ainsi, si l'on maintient ce discours, les femmes vont l'intérioriser et effectivement conduire moins bien qu'elles le pourraient réellement.

Pour le 1er Août

Message reçu dans ma boîte courriel de mon site de rencontre: je t'avais envoyé un message il y a quelque temps et je t'en envoie un autre. ... Je sais que je n'entre pas dans les critères que tu as sélectionnés mais...

Celui-ci ne se contente pas de, en toute connaissance de cause, m'écrire malgré qu'il n'entre pas dans mes critères, mais en plus il me relance suite à mon absence de réponse. 

Il n'est pas le seul. Il n'est pas rare que les hommes à qui je ne réponds pas me réécrivent. Parfois même expriment une frustration de ne pas avoir eu de réponse, parfois même m'insultent. Si je nai pas répondu je suis forcément frustrée, coincée, fermée. Il semble impossible que je sois une femme normale et que je refuse d'entrer en contact avec eux. 

Dois-je réitérer que l'insistance devant le refus démontre un flagrant manque de respect des limites de l'autre? 

À leur défense: nous sommes constemment exposéEs à des modèles sociaux qui encouragent l'insistance des hommes dans les rapports romantiques. L'idée de courtiser une femme réticente jusqu'à qu'elle réalise à quel point il est charmant est la base de nombreux films hollywoodiens. Le harcèlement et l'insistance sont souvent présentés comme romantiques, non pas problématiques (la série Twilight affectionnée par tant de jeunes est un bon exemple). Même dans la sexualité. L'idée d'insister devant un refus est monnaie courante dans l'industrie de la musique, entre autres.

Il reste qu'il nous appartient, individuellement et comme société, de déconstruire  nos conditionnements sociaux problématiques et de s'assurer d'agir de façon à nous respecter les unEs les autres.

mercredi 31 juillet 2013

Incertitude

Cette entrée est accompagnée de points d'interrogation et de bémols.

J'ai acheté de la vaisselle aujourd'hui et le commis a choisi parmis ses différents papiers de soie le papier rose pour emballer mes items.

Choix associée à mon genre, à sa préférence de couleur ou pur hasard? Je ne sais pas.

Je sais par contre qu'il n'est pas exagéré dans le contexte de notre société d'émettre l'hypothèse que, conscienmment ou pas, son choix était basé sur mon sexe biologique.

En quoi cela serait sexiste? Dans le fait que les femmes ont habtuellement peu d'autres options que ce qui est réservé aux femmes si elles ne souhaitent pas de commentaires marginalisants ou harcelants. Un banal choix de couleur est une petite pierre construisant cette réalité. 


mardi 30 juillet 2013

Jackie Chan

Aujourd'hui lors de mon jogging, j'ai entendu un hurlement qui m'était destiné. Quatre gars en voiture passaient près de moi et l'un d'eux m'a crié, tête sortie par la fenêtre: ''Envoye, cours!!''

Ce n'est pas la première fois que je me fais servir des commentaires harcelants pendant mon entraînement. Je me suis fais crier: ''Oh, Jackie Chan!'', ''Ouin, beau petit cul'', ''Belles, fesses'', et j'en passe et des meilleures. À chaque fois de la part d'hommes.

Je spécifie ici qu'un commentaire peut être harcelant même s'il est ponctuel, et même si son contenu n'est pas problématique en soi. Le contexte et le ton définissent l'aspect harcelant. Ici ils étaient en surnombre, allaient plus vite que moi, ne me laissant pas la chance de me défendre, et me criaient par la tête un ordre.

Ce genre d'attitude maintient la peur des femmes des milieux sportifs et des lieux publics.

lundi 29 juillet 2013

Mais

Mais: ce mot est une conjonction utilisée afin d'indiquer une différence, une opposition, une précision, une objection ou une transition.

Dans mon expérience, lorsque ce mot est précédé de l'expression d'une négation identitaire (Ex.: Je ne suis pas raciste mais) il signifie en fait que la négation précédement exprimée est fausse. En effet, les gens semblent être conscients, jusqu'à un certain degré, d'exprimer une idée emprunte de préjugés et veulent s'en détacher par une décharge préventive.

Ainsi, lorsque je reçois un message courriel sur mon site de rencontre qui me dit: je sais que je n'entre pas dans les critères que tu as sélectionnés mais... 

Tout ce que j'entends quand le lis dans la suite c'est ''mais je m'en fous''. Je n'entre pas dans tes critères, mais tu entres dans les miens et cela est bien plus important pour moi que ce que toi tu peux vouloir ou pas. Non seulement cela, mais je sais mieux que toi ce que tu veux. En effet, je n'entre pas dans tes critères en général, mais moi, je suis une exception et tu vas changer d'idée à mon contact. On ne se connaît pas, mais en lisant ton profil je sais, moi, que je vais te plaire malgré que je n'entre pas dans tes critères.

La personne démontre un flagrant je m'en foutisme de ce qui est important pour moi et se positionne en experte de moi, malgré qu'elle ne m'a jamais contacté. Cela m'arrive très fréquemment de recevoir ce genre de messages, et uniquement de la part d'hommes. Mes  limites sont dépassées malgré qu'elles soient très claires. 

Ayant plusieurs connaissances ayant aussi des profils sur des sites de rencontre, je sais que cette expérience est largement partagée par d'autres femmes. Femmes qui elles, souvent, se torturent devant le contenu des messages qu'elles souhaitent envoyer afin de s'assurer de plaire et de respecter l'autre.