mercredi 31 juillet 2013

Incertitude

Cette entrée est accompagnée de points d'interrogation et de bémols.

J'ai acheté de la vaisselle aujourd'hui et le commis a choisi parmis ses différents papiers de soie le papier rose pour emballer mes items.

Choix associée à mon genre, à sa préférence de couleur ou pur hasard? Je ne sais pas.

Je sais par contre qu'il n'est pas exagéré dans le contexte de notre société d'émettre l'hypothèse que, conscienmment ou pas, son choix était basé sur mon sexe biologique.

En quoi cela serait sexiste? Dans le fait que les femmes ont habtuellement peu d'autres options que ce qui est réservé aux femmes si elles ne souhaitent pas de commentaires marginalisants ou harcelants. Un banal choix de couleur est une petite pierre construisant cette réalité. 


mardi 30 juillet 2013

Jackie Chan

Aujourd'hui lors de mon jogging, j'ai entendu un hurlement qui m'était destiné. Quatre gars en voiture passaient près de moi et l'un d'eux m'a crié, tête sortie par la fenêtre: ''Envoye, cours!!''

Ce n'est pas la première fois que je me fais servir des commentaires harcelants pendant mon entraînement. Je me suis fais crier: ''Oh, Jackie Chan!'', ''Ouin, beau petit cul'', ''Belles, fesses'', et j'en passe et des meilleures. À chaque fois de la part d'hommes.

Je spécifie ici qu'un commentaire peut être harcelant même s'il est ponctuel, et même si son contenu n'est pas problématique en soi. Le contexte et le ton définissent l'aspect harcelant. Ici ils étaient en surnombre, allaient plus vite que moi, ne me laissant pas la chance de me défendre, et me criaient par la tête un ordre.

Ce genre d'attitude maintient la peur des femmes des milieux sportifs et des lieux publics.

lundi 29 juillet 2013

Mais

Mais: ce mot est une conjonction utilisée afin d'indiquer une différence, une opposition, une précision, une objection ou une transition.

Dans mon expérience, lorsque ce mot est précédé de l'expression d'une négation identitaire (Ex.: Je ne suis pas raciste mais) il signifie en fait que la négation précédement exprimée est fausse. En effet, les gens semblent être conscients, jusqu'à un certain degré, d'exprimer une idée emprunte de préjugés et veulent s'en détacher par une décharge préventive.

Ainsi, lorsque je reçois un message courriel sur mon site de rencontre qui me dit: je sais que je n'entre pas dans les critères que tu as sélectionnés mais... 

Tout ce que j'entends quand le lis dans la suite c'est ''mais je m'en fous''. Je n'entre pas dans tes critères, mais tu entres dans les miens et cela est bien plus important pour moi que ce que toi tu peux vouloir ou pas. Non seulement cela, mais je sais mieux que toi ce que tu veux. En effet, je n'entre pas dans tes critères en général, mais moi, je suis une exception et tu vas changer d'idée à mon contact. On ne se connaît pas, mais en lisant ton profil je sais, moi, que je vais te plaire malgré que je n'entre pas dans tes critères.

La personne démontre un flagrant je m'en foutisme de ce qui est important pour moi et se positionne en experte de moi, malgré qu'elle ne m'a jamais contacté. Cela m'arrive très fréquemment de recevoir ce genre de messages, et uniquement de la part d'hommes. Mes  limites sont dépassées malgré qu'elles soient très claires. 

Ayant plusieurs connaissances ayant aussi des profils sur des sites de rencontre, je sais que cette expérience est largement partagée par d'autres femmes. Femmes qui elles, souvent, se torturent devant le contenu des messages qu'elles souhaitent envoyer afin de s'assurer de plaire et de respecter l'autre.

vendredi 19 avril 2013

S'il t'aime

Aperçu d'une conversation entendue au restaurant hier soir:

J'ai lu un livre sur les différentes façon de s'exprimer. C'était très intéressant. Comme s'exprimer par des actions. Par exemple, si ton chum fait le ménage, c'est une démonstration qu'il t'aime. Ou s'exprimer par des paroles. S'il te dit que tu es belle, qu'il te fait des compliments, il t'aime.

Mon conjoint et moi n'avons pu tolérer de finir d'écouter la conversation. 

S'il fait le ménage, c'est une démonstration qu'il  t'aime. Cela nous réfère encore une fois à l'idée que les tâches ménagères sont à la base la responsabilité de la femme et que la participation de l'homme est un événement exceptionnel. Il aide, il aime, il est un bon conjoint. Nous n'avons pas encore intériorisé l'idée qu'il autant du ressort des hommes d'accomplir des tâches ménagères. 

S'il te dit que tu es belle, qu'il te fait des compliments, il t'aime. Beaucoup d'hommes sont amoureux de moi, alors. On porte tant d'importance à l'apparence des femmes que de la souligner devient une preuve d'amour. Je vois mal le principe inverse. Si ta blonde te dis que tu es beau, c'est q'elle te dit en fait qu'elle t'aime. Ça ne serait pas pris au sérieux. Avec raison d'ailleurs.

Bien sûr que de faire des choses pour l'autre, le-la complimenter font partie des signes d'affection qui nourrissent une relation et l'amour. C'est de faire l'équation directe qui est problématique et qui participe à une acceptation des femmes des inégalités au sein de leur couple et nourrit les privilèges des hommes. 

Pour le 18 avril

Ce matin, une discussion avec mes collègues nous a menées sur le sujet des pédophiles et des agresseurs sexuel. Inévitablement, elles en sont venues à la question des pulsions. Elles exploraient une façon d'empathiser avec les agresseurs en se référant au fait qu'ils ont des pulsions d'agression qu'ils ne peuvent contrôler, et qu'ils en souffrent aussi.

J'ai rapidement mis un holà à cette tangente en clarifiant que les agressions à caractère sexuel ne sont jamais des pertes de contrôle dues à des pulsions trop fortes, mais bien des prises de contrôle obtenues via la sexualité. Comme sexologue, je me suis spécialisée et je possède une expertise dans le domaine, je sais de quoi je parle. Pourtant, elles ont insisté. Non, non, les pédophiles ont des pulsions.

Répondez-moi sur ceci: si ce sont des pulsions incontrôlables, pourquoi n'y a-t-il pas plus d'agressions sexuelles en public? Comment se fait-il qu'elles sont, avantageusement pour les agresseurs, commises loin des regards et des jugements? S'ils en souffrent aussi et qu'ils empathisent pour leurs victimes, pourquoi ne vont-ils pas chercher de l'aide avant de se faire attraper? Pourquoi toutes les thérapies existantes basées sur la notion de perte de contrôle sont-elles inefficaces?

Parce qu'on ne veut pas accepter que notre société est remplie de gens qui commettent ces actes horribles en toute connaissance de cause. On se met la tête dans le sable et on se cache derrière les pulsions. 

La conception des agressions et des agresseurs comme étant incontrôlables est problématique à plusieurs niveaux.

D'abord, elle déresponsabilise les agresseurs de leur geste. Indirectement, elle responsabilise les victimes. Nous n'aimons pas les problèmes sans responsable. Et puisque ce ne sont pas les agresseurs, ce sont forcément les victimes.

Puis, elle lie les mains de la société. Si c'est une pulsion incontrôlable, il n'y a pas de solution. 

Finalement, elle nie un problème grave et répandu, les inégalités et les enjeux de pouvoir s'exprimant par les agressions à caractère sexuel.

En quoi tout cela s'inscrit dans le cadre de mon blog? Parce que les agressions à caractère sexuel sont un résultat direct des enjeux de pouvoir femme-homme dans notre société. Les sociétés plus égalitaires font face à moins de cas d'agressions à caractère sexuel. Les agresseurs sont encore principalement des hommes à environ 80% à 95% selon les études, et les victimes, des personnes vulnérables ou vues comme vulnérables: femmes, adolescentEs, enfants, personnes handicapées, immigrantEs. 

jeudi 18 avril 2013

Pour le 17 avril

J'étais dans les escaliers au travail lorsqu'un collègue qui me suivait m'a lancé:

Ces escaliers là me donnent tout le temps le goût de donner des tapes sur les fesses.

Ce à quoi je n'ai rien su répondre, tétanisée que j'étais par la peur qu'il transpose ses paroles en action. Ce qu'il n'a pas fait.

Je  ne sais pas trop par où commencer avec cet événement.

D'abord, par son envie de taper les fesses de ses collègues de travail, de surcroît à chaque fois que l'une d'entre elles est devant lui dans les escaliers. L'action de taper les fesses véhicule,  suppose,  un sentiment de propriété et une prise de pouvoir. Son envie de poser ce geste dénote donc au minimum une envie de se sentir supérieur à ses collègues femmes.

Son désir de nous taper les fesses m'amène aussi à me poser des questions sur sa vision de ses collègues femmes. Nous donne-t-il le crédit mérité? Reconnaît-il notre compétence?

Le fait de me partager cette envie assouvi au moins une partie de son désir, puisque cela suscite en moi de la peur et de la colère et qu'il le sait très bien. Il réussit donc à obtenir un certain pouvoir sur moi en faisant planer la menace de la tape sur les fesses.

J'ai commencé à me faire donner des tapes banal(isé)es sur les fesses petite, par un oncle. Il a été imité par un professeur d'éducation physique, un ex-conjoint à ma mère, des dizaines de clients de restaurants, un patron, des dizaines d'inconnus et de clients de bars. Et je ne suis pas une exception. Faites le sondage auprès des femmes de votre entourage.

La tape sur les fesses et sa menace n'est pas ponctuelle ni banale. C'est en soi un phénomène de société répandu, une prise de pouvoir et une agression. De plus, il alimente la culture d'une société qui banalise à l'extrême les agressions à caractère sexuel. À preuve, peu de gens considèrent raisonnable que j'aie coupé contact avec cet oncle.

mercredi 17 avril 2013

Pour le 16 avril

Lors d'une discussion au sujet du drame qui s'est déroulé à Boston il y a quelques jours, j'ai exprimé mes craintes pour mon frère qui fera le marathon d'Ottawa dans quelques semaines. On m'a répondu sur un ton professoral qu'ils (sous-entendu les personnes qui commentent des actes terroristes) ne re-commettent pas leurs actes dans le même type d'événements. J'ai demandé à la personne si elle avait étudié à Quantico (base de formation pour les futurs agentEs du FBI). Elle m'a répondu par la négative.

J'utilise cette interaction comme exemple parce que, bien que le commentaire de la personne n'était pas sexiste, son attitude est de celles qui alimente les inégalités femme-homme au niveau des communications. 

Les hommes apprennent à considérer leur opinion, peu importe leur niveau de connaissance dans le domaine discuté, comme étant experte, objective et vraie et à l'exprimer ainsi. Les femmes apprennent à considérer leur opinion comme étant probablement non pertinente, subjective et à se remettre en doute. Ces socialisations contribuent à développer une perception biaisée des discours des gens selon leur genre et désavantagent  énormément les femmes. Effectivement, cela leur cause à être moins prises au sérieux lors de discussions de groupe, désavantagées lors d'entrevues professionnelles,  moins confiantes en leurs opinions, leur intelligence et leurs connaissances. Si on ajoute que les croyances en les compétences influence énormément les résultats, on peut allonger la liste des conséquences négatives pour les femmes de ces socialisations. 

La réponse de la personne avait aussi pour effet de nier mon senti. Un autre message qui est régulièrement envoyé aux femmes est que leurs émotions sont frivoles et excessives. Ce genre de réponse alimente aussi cette tendance.